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Le Livre du mois - janvier 2011


Chaque mois, Richesheures.net vous propose une sélection d'ouvrages à consommer sans modération. Livres récents ou valeurs sûres, travaux pertinents ou références indispensables, tous sont liés à l'histoire ou au patrimoine français.


Depuis le XVe siècle, Jeanne a fait l'objet d'innombrables controverses. Les Armagnacs voyaient en elle une bergère inspirée, envoyée par Dieu afin de sauver le royaume de France. Les Bourguignons décelaient sous ses traits un mythe de circonstance, fabriqué de toutes pièces par leurs ennemis Armagnacs. Les Anglais se contentaient pour leur part de la manipulation diabolique, avec un bon bûcher à la clef. Même le pape Pie II s'interrogeait sur le degré de divin et d'humain impliqué dans l'épopée johannique. Aucun des partis n'avait cependant songé à une survie aux flammes de Rouen et à transformer Jeanne en une fille bâtarde de la maison d'Orléans. Et puis il y eut les fausses Jeanne, dont la fameuse Claude des Armoises. Du XIXe au XXIe siècle, certains se sont efforcés de façonner le mythe avec des si...

« L'affaire Jeanne d'Arc », Rogez Senzig, Marcel Gay.- Paris : Le Livre de Poche, 2009.
Tout le travail de Marcel Gay et de Roger Senzig vise à prouver que Claude des Armoises, l'une des fausses Jeanne réapparue en 1436, était la Pucelle d'Orléans et qu'elle était une fille bâtarde de la maison d'Orléans. Le thème est éculé : rien de bien nouveau sous le soleil. Les deux auteurs élaborent un impressionnant échafaudage théorique, bâti sur le conditionnel, quantité de documents apocryphes, la lecture orientée et déformée de certaines pièces authentiques... On emboite de force les textes du XVe siècle pouvant cadrer avec le Graal suprême. Tout le reste, c'est-à-dire ce qui ne rentre pas dans le moule, est purement et simplement écarté. Le « Journal du siège » par exemple, écrit par un habitant d'Orléans contemporain de la Pucelle, est balayé d'un revers parce qu'il « est très discutable » (un peu court. Pourquoi ?). Certaines pièces sont étonnamment décryptées, voire même modifiées (le témoignage de Jean Morel ou le récit tiré des « Hardiesses des rois et empereurs » de Pierre Sala).
Rien ne manque à une intrigue à la Da Vinci Code, depuis le vaste complot orchestré dès le XVe siècle, jusqu'aux archives secrètes du Vatican, en passant par les disparitions suspectes de documents compromettants et bien sûr l'intervention des services secrets de notre temps. Bah voyons... À quand le Charles de Gaulle sur ordre du Président de la République ?
La lecture de cet ouvrage n'a pas été sans nous rappeler celle de « Les Templiers sont parmi nous » de Gérard de Sède. Le complot généralisé cachait cette fois la présence de Templiers à Gisors et l'existence d'un fabuleux trésor sous la motte de la forteresse. Il y a sans doute aussi derrière cette « Affaire Jeanne d'Arc » la quête d'un trésor bien réel : les juteux droits d'auteur...

« Jeanne d'Arc, le Stratagème », François Ruggieri.- Paris, L'éditeur, 2011.
Dans ce « Stratagème », l'auteur reprend pour la énième fois les grosses ficelles du complot, la thèse du gamin bâtard de la maison d'Orléans, mais Jeanne est cette fois... un homme ! La tonalité générale est donnée dès les citations en exergue, avec une formule de Pie II tronquée [il y manque « de produire une vierge divinement envoyée, et à ce titre réclamant la conduite des affaires »]. La seconde, attribuée à Martin Le Franc, est étrange sous la plume de l'auteur du « Champion des Dames », fasciné par celle qui « recouvra l'honneur des Français tellement, que par raison elle en aura renom perpétuellement. » Dans la troisième, on croit bon de nous préciser que César (oui, le Jules de la « Guerre des Gaules ») fait allusion aux « Français » ! Saisissant raccourci un tantinet anachronique... À coup d'affirmations péremptoires et de formules du type « vérité historique incontestée », voilà une Jeanne élevée au grain et en plein air, dans le culte des armes, dotée d'une bonne paire de testicules et d'un solide appendice, sur fond de populations aux trois quarts débiles shootées à l'ergot de seigle ! On se demande si tout cela n'est pas, au fond, qu'une immense farce provocatrice, une galéjade orchestrée par un auteur facétieux. Le problème, c'est qu'il semble y croire...

« Jeanne d'Arc, Vérités et légendes », Colette Beaune.- Paris : Perrin, 2008.
Après la parution de l'ouvrage de Marcel Gay et de Roger Senzig, Colette Beaune souhaitait remettre les pendules à l'heure. C'est chose faite, et de fort belle manière ! Certains adeptes inconditionnels de la théorie du complot ne l'acceptent évidemment pas. Ici et là sur le net on peut lire que « Colette Beaune ne doute pas » ou qu'elle est une tenante de la « vérité officielle intouchable. » Marcel Gay parle plus globalement des « fondamentalistes de l'histoire officielle ». Pourtant Colette Beaune étaye ce qu'elle avance, prouve ce qu'elle écrit, démontre les incohérences de ceux qui entendent forger le mythe et tordre les sources dans le sens qui les arrange. Cela ne semble cependant pas suffire à convaincre les sceptiques. Mais Confucius savait déjà en son temps que « Quand le sage désigne la lune, le sot regarde le doigt. » Il n'y a pourtant dans cette affaire ni vérité « officielle », ni réalité « cachée ». Il y a simplement des faits historiques têtus et les pièces qui les attestent. Le parcours terrestre de Jeanne s'achève à Rouen en 1431. Après commence sa légende.
Bref, à lire absolument, sauf si vous souhaitez une autre fin que « elle fut brûlée le 30 mai 1431 en place du Vieux-Marché, à Rouen ». Dans ce cas, et si vous voulez quand même un livre sérieux sur le XVe siècle, il vous faudra ouvrir la biographie d'un autre personnage. Essayez par exemple le « Louis XI » de Jean Favier : « L'universelle araigne » n'est pas morte sur un bûcher...




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